Anxiété sociale, ma meilleure ennemie
Ou histoire d’une relation compliquée
Temps de lecture et d’écoute : 10 min
Qu’est-ce que l’anxiété sociale ? Comment la définir ?
On connaît tous la peur, et il n’y a rien d’anormal là-dessous car la peur est un mécanisme de défense pour assurer notre survie. Ces peurs sont souvent passagères et n’influent pas sur le comportement de la personne qui peut vivre « normalement ». Chez les personnes souffrant d’anxiété sociale, ces peurs deviennent excessives, envahissantes et persistantes. La personne qui en est atteinte peut alors paniquer et éviter toutes situations lui rappelant l’objet de sa peur.
L’anxiété sociale se caractérise par une peur liée à certaines situations sociales ou de performances. La personne craint d’être jugée, embarrassée, observée, rejetée… La peur de parler en public, d’exprimer son mécontentement, la peur de manger en public, d’aller dans les toilettes publiques, la peur de faire un discours sont des exemples d’anxiété sociale.
Alors que le trouble de l’anxiété sociale touche 1,7 % des 18-65 ans pour une année donnée, et que 4,7 % de cette population en présenteront au cours de leur vie, l’anxiété sociale est assez méconnue.
L’anxiété sociale, aussi appelée phobie sociale est une peur chronique et envahissante liée aux interactions sociales. Pour Elie*, c’est « comme le fait d’avoir des grosses peurs quand on doit voir des gens (proches ou inconnus) et que ça puisse se transformer en crise de panique. » Martha* la définit comme « quelque chose d’handicapant, tu as envie de faire les choses, mais il y a ce truc qui te bloque au fond de toi ». Plus qu’une peur, la personne expérimente une angoisse à l’idée de devoir interagir avec une tierce personne. « Pour moi, c’est le fait d’être incapable de pouvoir faire des choses ordinaires et quotidiennes sans être pris.e de crises d’angoisse, de peurs irrationnelles ou carrément de se priver de faire certaines choses à cause du regard des autres, de son propre regard ou des attentes. » m’explique Adélaïde*.
L’anxiété sociale m’empêche de passer un bon moment, de vivre le moment présent, d’être moi-même, d’être naturelle.
L’anxiété sociale prend souvent racine dans l’enfance et l’adolescence. Parfois, déclenchée par une petite remarque anodine lancée lors d’un repas de famille et qui a pourtant encore des répercussions des années plus tard. Lise* me raconte « ça m’est arrivé quand j’étais petite, je dansais à une communion et ensuite quand on a regardé la vidéo ma cousine s’est moquée de moi. Depuis, j’évite toutes les soirées où je sais qu’on devra danser, je panique et j’angoisse rien qu’à l’idée de devoir danser.
D’ailleurs, je prétexte souvent une pause cigarette quand on me propose d’aller sur le dancefloor ». D’autres fois, le trouble de l’anxiété sera accentué par un proche : « quand j’étais avec mon ex, iel me mettait tellement la pression pour qu’on se voit que ça me créait de l’anxiété, et si j’avais le malheur de dire « non, je peux pas », iel m’engueulait et me le reprochait au point où je me sentais mal juste quand on se voyait » me raconte Elie*.
Crise d’angoisse, besoin de contrôler les choses, l’anxiété sociale peut devenir un cauchemar pour les personnes atteintes de cette pathologie. Malory* la qualifie ainsi « d’étouffante ». Un propos repris par Justine* qui a « besoin de planifier tout ce qui peut l’être, de s’isoler lorsque l’événement devient trop stressant, et rechercher un quelconque mensonge pour annuler un événement », tout comme Émilie* qui a « de nombreuses crises d’angoisse et [a] un contrôle constant sur les moindres faits et gestes qu’[elle] fait. » Elle ajoute « Je m’empêche de faire beaucoup de choses, je dois toujours être sûre d’être « normale » alors je dois toujours tout contrôler pour être perçue comme dans la norme par les autres… ». Outre les crises d’angoisse, les personnes atteintes de phobie sociale peuvent également souffrir de maux de ventre, de troubles digestifs, de maux de tête, ressentir de l’anxiété, avoir les muscles qui se tendent…
Certaines personnes en viennent à ne plus sortir de chez elles pour éviter toute interaction sociale, ainsi Leia* va rarement dans les endroits où il y aura beaucoup de monde tout comme Thalia* qui évite aussi les soirées alors qu’elle aimerait y être et profiter de « la folie des soirées ». Thalia n’est pas la seule à me confier que l’anxiété sociale la prive de certaines choses, de certaines opportunités, de découvrir le monde qui l’entoure. C’est le cas de Léonie* « ça me prive principalement de rencontres, pour me faire des amis, même de trouver un travail, car les entretiens sont très durs à faire par exemple » ou de Leila* pour qui l’anxiété sociale l’empêche de « passer un bon moment, de vivre le moment présent, d’être moi-même, d’être naturelle ».
Ainsi, comme Emilie, elles se sentent emprisonnées, bloquées, impossibles d’être heureux.ses « de [s]’épanouir. De [se] sentir libre, de pouvoir faire de petites choses comme prendre une photo dans la rue, ou d’aller visiter un musée seul.e, ou encore de partir en vacances, d’avoir un style vestimentaire affirmé… Tout et n’importe quoi en réalité… »
Leur quotidien peut être éreintant :
« j’essaie de me forcer mais je ressens énormément de fatigue après avoir fait un effort », « à la longue c’est assez usant, surtout lorsque l’on est pleinement conscience de cela, c’est encore plus frustrant de pouvoir prédire cette anxiété sans jamais pouvoir réellement la contrôler » me confessent Justine et Leila. Parfois, ce quotidien est synonyme d’enfer notamment quand la personne ressent le besoin de tout contrôler afin d’être dans la ”norme”, « c’est un enfer de devoir s’occuper sans arrêt de ce que les autres pourraient bien penser. Parce que je me prive de choses les plus simples comme d’autres plus importantes dans la construction de mon identité ou même de relations sociales.
On se sent étouffés, pris au piège. Parce que le possible jugement des autres devient son propre jugement, et en général on se sait bien plus dur avec soi-même que les autres peuvent l’être, mais c’est difficile de rompre avec ces angoisses constantes » me confie Émilie. « Je mets en place des stratégies d’évitement quand je vois que ça va être difficile de surmonter mon anxiété, parfois ça va jusqu’à me priver de manger » me livre Camille*.
« Je m’empêche de faire beaucoup de choses, je dois toujours être sûre d’être « normale » alors je dois toujours tout contrôler pour être perçue comme dans la norme par les autres… »
Outre le stress et l’angoisse à l’idée de devoir interagir socialement, ces personnes se sentent souvent incomprises « selon l’humeur du moment, j’ai envie d’engueuler la personne ou de fondre en larmes tellement, je sens que je suis incomprise. Je crois que ça ajoute à ce stress. Je culpabilise, du coup » témoigne Alysée.
Ainsi, comme Emilie, elles se sentent emprisonnées, bloquées, impossibles d’être heureux.ses « de [s]’épanouir. De [se] sentir libre, de pouvoir faire de petites choses comme prendre une photo dans la rue, ou d’aller visiter un musée seul.e, ou encore de partir en vacances, d’avoir un style vestimentaire affirmé… Tout et n’importe quoi en réalité… »
Face à ces remarques, Émilie « [se] sent anormale. [Elle se] dit que peut-être qu’[elle] suréagi[t], peut-être qu’effectivement il [lui] suffit de faire des efforts et qu’[elle] serai[t] « normale ». [Elle se] sen[t] jugée, incomprise, moquée aussi, illégitime, parce que ça s’avère être une vraie souffrance et elle n’est pas prise au sérieux… ». Un propos partagé par Leila, « on se sent jugé et incompris, il est difficile de le vivre, l’admettre et d’en parler donc ça n’arrange rien de recevoir ce genre de réflexions, bien au contraire. Ça nous enfonce encore plus, même si ce n’est pas obligatoirement méchant ».
* les prénoms ont été changés afin de préserver l’anonymat des personnes interviewées
Comment vivre en souffrant d'anxiété sociale ?
Dans ce témoignage audio, Camille me livre son ressenti sur l’anxiété sociale. Comment par petit pas, elle réussit à la vaincre et à faire des choses qu’elle ne se serait pas imaginée faire il y a encore quelques années.
Marine Fouquez
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