L’entrepreneuriat au féminin
quand créer rime avec fonder
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Elles ont décidé d’aller à contre courant et créer leur entreprise. Rencontre avec ces femmes passionnées et passionnantes.
Créé en janvier 2009, le succès du régime de micro-entreprise ne tarit pas. Pour autant, les femmes restent minoritaires dans la création d’entreprise.
Entré en vigueur en janvier 2009, le statut de micro-entreprise, ex auto-entrepreneur, séduit de plus en plus en France. Les statistiques publiées par l’Acoss (Agence centrale des organismes de sécurité sociale) mettent en lumière ce dynamisme entrepreneurial. Ainsi en décembre 2019, on recensait près de deux millions d’auto-entrepreneurs dans les fichiers Urssaf, soit une augmentation de 26,5% par rapport à l’année précédente contre 15,1% en 2017. Parmi ces deux millions d’auto-entrepreneur, 576 000 immatriculations ont été déposées sur un an (+24,5%). Mais qu’en est-il de la place de la femme dans l’entrepreneuriat ?
Les femmes ne sont que 39% a avoir déposé leur statut de micro-entreprise. Un chiffre bien en deçà de leurs homologues masculins même si le nombre de femmes se lançant dans l’aventure de l’entrepreneuriat a doublé entre 2012 et 2015. Toutefois, elles sont économiquement plus actives que les hommes (80% contre 71%). Les secteurs privilégiés par les créations d’entreprises chez les femmes sont le conseil aux entreprises, le service aux ménages et enfin le commerce. Bien qu’elles soient souvent plus diplômées que les hommes (72% d’entre elles, ont un diplôme se situant entre le master et le doctorat alors que seulement 62% des hommes sont titulaires d’un diplôme équivalent), elles considèrent être moins bien financées que leurs homologues masculins. Le taux de rejet de crédit demandé par des entrepreneures est de 4,3%, quand il est de 2,3% pour les hommes. Ainsi, elles sont 44% à juger que l’échec de la création d’entreprise s’explique par le manque de financement.
Je me suis entretenue avec deux jeunes entrepreneures qui ont déposé leur statut récemment. Entre optimisme et doute, elles se sont livrées sans détour.
Rencontrons tout d’abord, Lise Flipo, créatrice de “l’Atelier Joie et Lumière”.
Continuons notre route et allons faire la connaissance de Ségolène Duhamel, fondatrice de “Comlow”.
C’est à la terrasse d’un café citoyen à Lille que je rejoins Ségolène Duhamel, jeune entrepreneure de 26 ans. Elle s’est lancée dans l’aventure de l’entrepreneuriat parce qu’elle n’avait plus envie de rester dans cette spirale du métro boulot dodo. « Je n’avais plus envie de suivre les codes donc j’ai créé mes propres codes », me confie-t-elle. Ne trouvant aucun travail qui corresponde à ses valeurs et ne voulant pas « perdre [son] âme », elle crée en novembre 2019, Comlow, une entreprise de communication avec une éthique environnementale et solidaire. « Je suis partie plus d’un an à l’étranger, dont trois mois en Asie où j’ai fait de l’humanitaire et des stages de méditation, à mon retour j’avais envie de faire bouger les choses » me raconte-t-elle. La jeune entrepreneure décide de lancer des ateliers zéro déchet afin de montrer qu’il est possible de réduire ses déchets.
Animée par le respect de la nature et de l’Homme, la jeune femme s’investît dans un projet de sac recyclé. « C’est un projet important dans lequel on revalorise les couturières des Hauts-de-France et où l’on donne une seconde vie à des objets » explique-t-elle. Au départ, elle était chargée de faire la communication sur les réseaux sociaux puis lors du confinement de mars 2020, elle décide d’apporter aux couturières les matières premières pour qu’elles puissent confectionner des masques. « Il y a une belle synergie qui s’est créée autour du textile des Hauts-de-France, on a un beau patrimoine mais on l’a oublié », pour elle, les couturières ne sont pas des « petites mains mais des artistes ».
Je n’avais plus envie de suivre les codes donc j’ai créé mes propres codes.
La jeune entrepreneure qui se définit comme étant à la fois artiste et fonceuse esquisse un léger sourire lorsque je lui demande si c’est plus difficile en tant que femme. Elle reconnaît qu’il reste encore de nombreux tabous liés à l’argent par exemple, « les hommes sont plus rentre dedans, ils disent “voici mes prestations, je sais ce que ce que je vaux”. La femme fait plus ça pour le sens, pour les valeurs alors qu’il faut bien vivre. On a besoin d’argent mais on n’ose pas se vendre, on n’ose pas se valoriser ».
© Cindy Bro
Selon elle, dans notre société, la femme est encore bien trop souvent perçue comme inférieure à l’homme, « c’est en train de changer mais le fait d’être auto-entrepreneure m’a fait prendre conscience de cet aspect. Même si on se veut plus égalitaire, il y a toujours de l’inégalité inconsciente. C’est ancré en nous. On n’ose pas s’affirmer en tant qu’experte parce qu’on ne se sent pas légitime. »
Nos parents ont été éduqués à décrocher un CDI, pour eux le côté sécurisant de l’emploi est très important.
Un syndrome de l’imposteur qui immisce le doute en elle. Vient alors une période de questionnements, ponctuée par cette petite voix au fond d’elle lui murmurant de ne pas se lancer, qu’elle en était incapable. « Elle est toujours là à te dévaloriser, à te rabaisser ». Pour la faire taire, il faut « oser, et même si tu ne te rémunères pas bien au début, tu vois que tu as de la valeur et ça te valorise. » Elle décide, par ailleurs, de s’entourer et fait partie d’un collectif de femmes entrepreneures qui se réunit tous les mois afin d’échanger sur leur projet, sur les obstacles rencontrés « se réunir, ça aide à se rendre compte que l’on est toutes confrontées aux mêmes problématiques et à trouver des solutions. » À cela, s’ajoute le regard de l’autre lui faisant prendre conscience de ses compétences.
Des doutes qui prennent naissance dans son éducation. « Nos parents ont été éduqués à décrocher un CDI, pour eux le côté sécurisant de l’emploi est très important », vouloir créer son entreprise, c’est être un peu un ovni. C’est aller à contre-courant.
« Être entrepreneur, c’est fonctionner différemment, c’est créer de la valeur différemment, et quand tu es une femme c’est parfois plus compliqué », me confie-t-elle, « la femme fonctionne en cycle alors que la société, elle, est linéaire. En tant que chef d’entreprise, il faut toujours être à fond. Alors que non, on fonctionne en cycle. On aura des phases introspectives et d’autres créatives. Et il faut l’accepter même si ce n’est pas toujours évident. » Avant d’ajouter qu’il ne fallait pas non plus oublier les hommes, « eux aussi on les pousse à être linéaire, à ne pas montrer leurs sentiments, à être toujours fort. »
La jeune femme m’explique alors la différence entre le féminin et le masculin sacré, le féminin sacré ayant attraie à la créativité tandis que le masculin sacré est tourné vers l’action et en quoi il est important de trouver l’équilibre en soi entre les deux. Un équilibre me dit-elle qui n’est pas 50/50 mais un équilibre dans lequel on se sent épanouie. Avant de conclure « quand on est entrepreneur, c’est être en équilibre entre son féminin et son masculin sacré ».
Aujourd’hui la jeune femme s’épanouit dans un petit village de Normandie où fidèle à ses valeurs, elle aide des agriculteurs à se faire connaître, à développer leurs projets. À très long terme, elle souhaite faire partie d’un écovillage.
© MAD Jacques & Co
Marine Fouquez
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